Abu Dhabi, Émirats arabes unis, 13 novembre 2025 – L’intelligence artificielle (IA) offre un immense potentiel pour stimuler l’innovation et résoudre des défis complexes dans le monde. Cependant, suivre les risques que l’IA représente constitue un défi pour les industries et les nations, comme en témoigne le nombre croissant de cadres réglementaires dans le monde. Les approches varient : du règlement complet de l’Union européenne (UE) sur l’IA à l’approche plus facilitatrice adoptée par des pays comme Singapour. Beaucoup catégorisent la régulation selon les différents niveaux de risque posés par les systèmes et cas d’usage de l’IA, et se tournent de plus en plus vers la coopération internationale pour orienter les politiques.
Nicolas Catelan, maître de conférences en droit à Sorbonne Université Abu Dhabi, explique la complexité : « L’IA est un outil comme un autre. Mais les frontières numériques n’existent pas, donc nous avons besoin de régulation. Le règlement européen sur l’IA couvre 27 pays, mais à l’échelle mondiale, il est difficile de faire émerger une norme convaincante. »
Construire des cadres réglementaires internationaux est difficile car chaque pays a des appétits différents en matière de risque et d’innovation, précise Catelan. Selon une étude de PwC, l’IA pourrait contribuer jusqu’à 15,7 trillions de dollars à l’économie mondiale d’ici 2030.
« Les Émirats arabes unis estiment que les régulations ne sont pas favorables à l’innovation et qu’il est trop tôt », déclare Catelan. Avec l’innovation et l’investissement en ligne de mire, les Émirats arabes unis ont évité de créer des « lois strictes » sur l’utilisation de l’IA, privilégiant des principes larges, ajoute-t-il.
« Il faut trouver un équilibre entre innovation et protection des droits humains. L’IA peut être un outil formidable, mais certains domaines nécessitent une prudence particulière », souligne-t-il. « Si l’on ne veut pas freiner l’innovation, on peut introduire des principes larges – par exemple que l’IA doit être explicable, transparente et non biaisée. Mais cela dépendra aussi du secteur, du niveau de risque et de la culture du pays. » Par exemple, l’utilisation de l’IA dans un cadre chirurgical est abordée différemment de l’usage d’outils d’IA générative par les étudiants dans un contexte académique.
Une bonne législation peut maintenir cet équilibre, soutient-il. Le règlement européen sur l’IA, entré en vigueur en 2024, est un texte détaillé et technique comportant plus de 110 articles. Mais cela convient à la culture européenne favorable à la conformité. Depuis des décennies, les pays doivent développer des lois autour des nouvelles technologies sans avoir une vision complète des risques et implications. Par exemple, en 1988, la France a introduit une loi contre la fraude informatique, encore utilisée aujourd’hui. « Les sous-clauses permettent de garder les politiques pertinentes, mais l’objectif est de trouver quelque chose que vous n’avez pas à modifier », explique Catelan. « Au final, la régulation soutient le bon fonctionnement des entreprises, car se conformer à la loi coûte moins cher que de ne pas la respecter. »
Article rédigé et publié par Times Higher Education.
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