« Quand je suis arrivée à la Sorbonne Université d’Abu Dhabi, je ne connaissais pas plus que “bonjour”. Neuf mois plus tard, je suivais mes cours d’économie entièrement en français. » Le témoignage de Jana Althawadi, aujourd’hui étudiante en première année d’économie et de management, résume une question souvent jugée irréaliste : peut-on vraiment apprendre le français en un an ? À l’heure où certaines applications promettent la maîtrise rapide d’une nouvelle langue en quelques semaines, l’expérience de SUAD propose une approche plus exigeante et plus réaliste : apprendre une langue prend du temps, mais une année intensive et immersive peut suffire pour atteindre un niveau solide.
Du premier mot à la maîtrise
Dès les premières semaines, le rythme donne le ton. Vingt-deux heures de français par semaine, des journées ponctuées de cours, d’exercices oraux, d’écoutes, de débats. Dans les salles de classe, on teste, on se trompe, on recommence. Chaque année, des étudiants venus d’horizons très différents arrivent à Abu Dhabi avec peu, voire aucune connaissance du français. Un an plus tard, ils poursuivent des études universitaires en français et l’utilisent avec aisance dans des contextes académiques et sociaux.
Cette progression repose sur le Programme préparatoire en français intensif, conçu comme un véritable dispositif d’immersion. « L’idée est de plonger les étudiants dans la langue dès le premier jour », explique Karine Germoni, professeure de français langue étrangère à SUAD. « Le français n’est pas seulement un objet d’étude, c’est un outil constamment utilisé. Notre programme fonctionne parce qu’il est construit comme un cursus intensif et immersif, où la langue est constamment mobilisée dans des contextes concrets ».
Quand la technologie rend la langue vivante
L’immersion se poursuit hors de la salle de classe. Casque de réalité virtuelle sur la tête, un étudiant s’avance vers un comptoir virtuel. Sa mission ? commander une baguette, puis réserver une table de restaurant. Poser une question, comprendre la réponse. L’appréhension est réelle, même si la scène est virtuelle. « Avec la réalité virtuelle, les étudiants ne se contentent pas d’observer une situation : ils s’y plongent pleinement », précise la professeure. Ces outils, conçus par le département, permettent de s’entraîner sans filtre ni peur du jugement, dans des situations du quotidien. Sur les smartphones, le chatbot pédagogique Nora prolonge cet accompagnement au jour le jour, encourageant les étudiants à s’auto-corriger, pour progresser de manière autonome.
Durant l’année, aucune compétence n’est négligée : comprendre un texte, prendre la parole, structurer une argumentation, affiner sa prononciation… La progression est rigoureusement structurée, de A1 à un niveau B1+ fonctionnel, avec des évaluations continues alignées sur des standards internationaux comme le DELF et le Diplôme universitaire de la Sorbonne. Autre particularité : chaque compétence est enseignée par des enseignants spécialisés, offrant aux étudiants des approches complémentaires et une exposition constante à la langue. « Cette combinaison d’intensité, de structure et de cohérence pédagogique permet à des débutants d’atteindre un niveau fonctionnel en un an », s'enthousiasme Karine Germoni.
Au-delà de la salle de classe : vivre le français au quotidien
Pendant des mois, les phrases se construisent et les automatismes s’installent. Le français s’apprivoise, puis vient le jour du Grand Oral. Quatre fois par an, le campus change de rythme. L’amphithéâtre se remplit, les invités arrivent, les micros s’allument. Cette fois, il ne s’agit plus d’un exercice en classe, mais d’un événement bien réel. Face à eux, des personnalités francophones des Émirats arabes unis, tels que des diplomates, des scientifiques et des dirigeants. Autour d’eux, un public. Et entre les deux, les étudiants, chargés de tout gérer, en français : accueil des invités, gestion des imprévus, modération des échanges… Le français n’est plus une matière, c’est l’unique outil disponible. « C’est une immersion totale dans une situation réelle et imprévisible », explique Karine Germoni.
Pour beaucoup, ce moment marque un tournant. « C’est à ce moment-là que l’on réalise ce que l’on est capable de faire », confie Salama AlQubaisi, étudiante en droit. « J’avais peur de parler en public. Aujourd’hui, je le fais en français. Le Grand Oral a transformé ma peur en confiance. »
Au fil des jours, les enseignants observent une transformation qui dépasse largement la seule maîtrise linguistique. Les hésitations s’effacent, les prises de parole s’affirment. « Ils changent de posture : ils osent s’exprimer, débattre et affirmer leurs idées », note Karine Germoni. Jana Althawadi le résume avec simplicité : « L’immersion m’a aidée à arrêter de traduire dans ma tête. J’ai commencé à penser directement en français. » Cette maîtrise nouvelle ouvre des perspectives concrètes. Elle permet non seulement de poursuivre des études universitaires en français, mais aussi de prendre part pleinement à la vie intellectuelle et culturelle francophone. Des initiatives comme le Choix Goncourt de l’Orient en sont un exemple emblématique : lire, analyser, débattre d’œuvres contemporaines, en français, et s’inscrire dans un dialogue littéraire international. À ce stade, la langue n’est plus un objectif. Elle est devenue un espace dans lequel on évolue.
Mais la langue quitte définitivement le cadre théorique pour devenir un moyen d’échange vivant au sein du campus et en dehors, lorsque les étudiants la pratiquent lors d’événements culturels organisés tout au long de l’année — pièces de théâtre, concerts, projections dans le cadre de Sorbonne CineArt… autant d’occasion de s’y confronter hors du contexte académique.
Le français, un passeport pour le monde
Ces expériences invitent à une réflexion plus large sur l’apprentissage des langues aujourd’hui. « Une langue n’est pas un produit que l’on télécharge en trente jours », rappelle Karine Germoni. Si certaines applications peuvent aider à acquérir des bases, elles ne remplacent ni le temps, ni l’interaction réelle, ni l’accompagnement pédagogique.
Dans un monde où l’anglais est devenu un prérequis, le français constitue un atout supplémentaire, notamment aux Émirats arabes unis où de nombreuses entreprises françaises sont implantées. Des études internationales montrent que les diplômés maîtrisant au moins deux langues étrangères bénéficient de meilleures perspectives d’emploi, avec des taux d’insertion professionnelle supérieurs et une progression de carrière plus rapide, en particulier dans les secteurs de la diplomatie, de l’énergie, de la culture et du luxe - fortement représentés aux Émirats arabes unis.
Mais l’enjeu dépasse les seuls indicateurs économiques. À SUAD, apprendre le français permet aussi d’accéder à un espace intellectuel exigeant et développer une capacité critique et culturelle essentielle dans un monde globalisé. Ici, la langue devient non seulement un outil, mais un véritable capital académique et humain.
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